
Le mensonge ne s'oppose pas à la vérité, il la redoute, la contourne, la travestie, la combat. Il s'en fait une ennemie qui en son temps le terrassera. Comme le disait Abraham Lincoln " Aucun homme n'a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge".
Si l'enfant ment c'est pour s'épargner la menace de sa transparence qui le priverai de toute son intimité.Le mensonge sert alors à établir une frontière avec l'environnement parental auquel l'enfant prête des pouvoirs magiques, dont celui de la dépossession de son identité. A ce stade de développement le mensonge est "innocent", il participe à un processus de différenciation, le temps pour l'enfant de construire son rapport au réel , de s'affranchir du chaos psychique, de "la soupe primitive" qui précèdent l'élaboration d'un Moi et plus tard l'émergence d'un Je. Se différencier c'est accepter l'épreuve de la séparation. S'inscrire dans le monde du séparé c'est faire l'expérience de la solitude et de toute son arborescence (abandon, angoisse, manque, insécurité....).Renoncer à cette épreuve c'est anesthésier sa conscience et son discernement au profit d'une immaturité psychique qui nie l'Autre et le dépossède de son intelligence.
Comprenez par là que l'adulte qui ment, s'inscrit dans le monde du non séparé (donc celui de la mère), un monde où tout est permis (ce qui est à toi et à moi et réciproquement), la Loi fait défaut (donc le père). Lorsque nous sommes confrontés au mensonge nos réactions sont vives: trahison, manipulation, abus, dégoût, sidération, incompréhension, colère.
Qu'est-ce que le mensonge de l'autre a profané de si précieux en nous pour susciter des réactions aussi vives ? de quelle dépossession s'agit-il ? de ce quelque chose qui est dû à un être humain du seul fait qu'il est humain : sa dignité. Quoi de plus digne qu'un être dont l'intelligence est respectée ? et quoi de plus affligeant qu'un imbécile qui ment ?


La peur de manquer et/ou
la peur de perdre pourraient à elles seules résumer l’état névrotique
auquel nous sommes réduits. La vie est ontologiquement inscrite dans
l’abondance, et c’est un réel talent que de se rendre
disponible à elle, tant nos systèmes de croyances sont orientés sur le manque.
Sous nos latitudes, me semble-t-il, la famine ne sévit point et pourtant
manquer est le maitre mot d’une population dont la grande majorité vit dans
l’opulence et dans ses extrêmes, le gaspillage et la thésaurisation. Ce
collectif ne manque que de lui-même. Le déficit de l’Etre n’a pu être compensé
par l’avoir, dont l’inflation grandissante
nous entraîne dans l’absurde de la surconsommation, quand deux tiers de
la population mondiale souffrent de la faim. Là où l’abondance multiplie, le
manque soustrait : manquer désigne toute à la fois l’absence, l’offense,
la rareté, la pénurie, le défaut, la défaillance quand l’abondance signifie
l’opulence, la richesse, la profusion, la prospérité, la multiplicité. Ces deux
mots témoignent d’une réalité économique et psychologique : le manque
psychologique est le manque de soi, le manque de l’autre, une façon simple
d’exprimer respectivement l’angoisse de castration et l’angoisse de
perte ; la peur de ne pas être à la hauteur et la co-dépendance affective.
Quand la réalité économique d’une personne témoigne du plein, que dois-je
comprendre de sa réalité psychique quand elle m’évoque ses
manques (solitude, amour, confiance)? Toutes ses Gestalts inachevées,
avides de se clore, sont-elles l’unique cause de cette immense béance
intérieure qui aspire à se combler ? Faut-il envisager là, l’œuvre d’une
logique de penser névrotique prompte à se focaliser sur ce qui n’est pas au
lieu de s’ouvrir à ce qui est ? Nos sociétés modernes et la pensée laïque
qu’elles ont imposée ont fait la
démonstration qu’Avoir sans Etre, aboutit à la perte de sens et à une
dépression existentielle collective.


C’est dans l’expérience d’une grande vulnérabilité que je suis connecté à plus grand que moi.
2011

Parution printanière pour un sujet complexe....





